Depuis le milieu des années 1980 et ses débuts, à 16 ans, à la tête du collectif rock alternatif tourangeau Forguette-Mi-Note, le parcours de Claire Diterzi peut se lire comme une longue tentative d’évasion, ou plutôt d’émancipation. On ne pense pas qu’au sexe en écrivant cela, mais aussi à tous les cadres, les formats et les carcans dans lesquels on a trop souvent voulu enfermer la « chanson ». Anticipant souvent sur bien des tendances contemporaines, Diterzi ne cesse ainsi depuis 20 ans de chercher à offrir à celle-ci, davantage que d’hypothétiques « lettres de noblesse », de nouvelles aires de jeu et d’invention. Des ailleurs et des possibles, faisant fi des règles de l’étiquette autant que des taxonomies institutionnelles, loin de la routine inhérente à toute corporation. Une certaine idée d’une chanson transgenre et pluridisciplinaire, d’un théâtre musical décomplexé et hardi, dont les fortes figures féminines qui le jalonnent – de Calamity Jane à Sarah Kane, en passant par Rosa Luxembourg – disent assez le goût de la liberté.
C’est à la fin de la décennie 1990, après avoir obtenu un diplôme en arts graphiques et suivi la classe de chant du contre-ténor Jean Nirouet au Conservatoire de Tours, que Diterzi décide de se consacrer exclusivement à la musique : Découverte Région Centre du Printemps de Bourges avec son trio Dit Terzi en 1998, elle intègre le catalogue Astérios et signe un album éponyme sur le label Boucherie Productions ; sept ans plus tard, Boucle, premier album sous son propre nom publié chez Naïve, remportera le Grand prix du Disque de l’Académie Charles Cros.

Entre-temps, la chanteuse et multi-instrumentiste aura commencé à se frotter à d’autres plateaux et d’autres métiers : le théâtre, lorsqu’avec le metteur en scène Alexis Armengol, elle interprète la pièce Iku, adaptation de 4.48 Psychose de Sarah Kane dont elle signe également la musique ; la danse, en 2003, avec Philippe Decouflé, qui l’embarque au Japon pour composer la musique de sa création Iris, interprétée en direct sur le plateau parmi les danseurs ; rebaptisée IIris l’année suivante, la pièce tournera deux ans durant, en passant par le Théâtre National de Chaillot où elle est jouée une cinquantaine de fois ; mais encore la littérature avec l’écrivain Arnaud Cathrine, la musique de films pour Anne Feinsilber et Jean-Jacques Beineix, les arts visuels avec Titouan Lamazou, pour lequel elle compose en 2007 la musique de l’exposition Zoé Zoé Femmes du Monde au Musée de l’Homme, puis du film 50 portraits de femmes, diffusé sur France 5.
En 2008, son album Tableau de chasse fait l’objet d’une déclinaison scénique dont la création au Théâtre National de Chaillot inaugure deux années de tournée. Le suivant sera la musique de Rosa la Rouge, spectacle qu’elle interprète et coécrit avec le metteur en scène Marcial Di Fonzo Bo présenté au Théâtre du Rond Point, et qui lui vaut le prix de la meilleure musique de scène du Syndicat de la Critique. En 2010-2011 Claire Diterzi est pensionnaire à la Villa Médicis, où elle écrit Le Salon des Refusées, qui sera présenté sur scène à La Cité de la Musique. S’ensuivent des créations où s’exerce à parts égales son amour des sons, des images et des mots, se jouant des frontières esthétiques (du rock à l’opéra, de l’électro à la musique contemporaine) et des impératifs catégoriques – ainsi de 69 Battements par minute, conçu à partir des textes de Rodrigo Garcia, créé en 2014 au Théâtre des Bouffes du Nord, dont chacune des 16 chansons a fait l’objet d’une réalisation vidéo. De « grandes formes » comme L’Arbre en poche (2018) – libre adaptation du Baron perché d’Italo Calvino pour un comédien, un contre-ténor et six percussionnistes, dont elle co-signe la mise en scène avec Frédéric Hocké et la musique avec le compositeur Francesco Filidei – ou encore cette relecture de son répertoire en version symphonique, commande du Grand Théâtre de Tours, qu’elle imagine en 2019 avec la complicité du compositeur Sylvain Griotto.
Mais aussi des projets plus intimistes : Je garde le chien (d’après son journal de création de 69 battements…), qu’elle joue seule en scène notamment au Festival d’Avignon), ses duos avec le chorégraphe Dominique Boivin (Connais-moi toi-même, créé dans le cadre des Sujets à Vif du Festival d’Avignon 2017) ou le percussionniste Stéphane Garin (pour Concert à table qui se décline dans une grande variété de contextes). Autant de déclarations d’indépendance qu’est venue ratifier la création, en 2014, de sa compagnie de théâtre musical Je Garde Le Chien, également label et structure éditoriale.
Claire Diterzi est Commandeur des Arts et Lettres.

Boutique

L'arbre en poche (2018)
69 Battements par minute (2015)
Journal d'une création (2015)
Le salon des refusées (2013)
Rosa la Rouge (2010)
Tableau de chasse (2008)
Requiem for Billy the Kid (2006)
Boucle (2006)
Iris (2004)
Dit Terzi (2000)